Colas Mornet
architecte & maître d’œuvre à Niort
De la maison à l’atelier, de la ferme à la place du bourg, l’architecture doit répondre à un climat qui change, aux besoins d’une société qui se transforme. Basé près de Niort, l’atelier conçoit des lieux sobres, résilients et ancrés dans leur territoire, en neuf comme en rénovation.
Habiter un climat qui change
Maisons individuelles, habitats groupés ou participatifs : l’atelier conçoit des lieux de vie capables de traverser les canicules, les sécheresses et les crues qui viennent.
En neuf comme en rénovation.
Nous pensons les projets
Construire moins, construire mieux. Avant d’envisager le neuf, l’atelier interroge l’existant : réhabiliter une longère, transformer une grange, surélever un bâti ancien, c’est éviter le carbone d’une construction entière. Lorsque le neuf s’impose, nous privilégions des matériaux biosourcés et géosourcés (bois, paille, chanvre, terre crue, pierre) issus de filières locales ou du réemploi. Ces matières brutes forment des parois épaisses et perspirantes, saines pour les occupants, réparables et durables. Leur faible énergie grise réduit l’empreinte carbone du projet dès le chantier. Leur provenance proche fait vivre les carrières, scieries et artisans du territoire. L’analyse du cycle de vie éclaire nos choix sans les dicter : un bâtiment bas carbone est d’abord un bâtiment conçu pour durer, évoluer et accueillir d’autres usages. En construction neuve, en rénovation ou en extension, la sobriété devient une qualité architecturale plutôt qu’une contrainte.
Une maison bioclimatique commence par une lecture attentive du site : course du soleil, vents dominants, relief, végétation, nature du sol. De cette lecture découlent l’implantation, l’orientation, la compacité et le dessin des ouvertures. Il s’agit de capter la chaleur en hiver et de s’en protéger en été. Débords de toiture, protections solaires, inertie des matériaux et ventilation naturelle traversante font le travail que l’on confie trop souvent aux machines. C’est le sens de notre approche low-tech : préférer les dispositifs que l’architecture génère elle-même aux équipements complexes, énergivores et vite obsolètes. Moins de technique, c’est moins de pannes, moins d’entretien, moins de dépendance. L’architecture vernaculaire nous l’enseigne depuis des siècles, et la science du bâtiment nous permet aujourd’hui de l’affiner par la simulation thermique et l’étude du confort d’été. Face aux canicules à venir, une maison qui reste fraîche sans climatisation n’est plus un luxe : c’est une nécessité.
Un habitat résilient continue de fonctionner quand les conditions changent : canicules plus longues, sécheresses estivales, coupures d’énergie, raréfaction de l’eau. L’atelier conçoit des maisons et des bâtiments capables d’encaisser ces bouleversements sans dépendre entièrement des réseaux. Récupération des eaux pluviales, assainissement autonome ou phytoépuration, production d’énergie adaptée au site, stockage de la chaleur dans la masse des murs : chaque dispositif est dimensionné au regard du lieu et des usages réels. L’autonomie n’est pas un dogme mais un degré, que nous cherchons à porter aussi haut que le terrain et le budget le permettent. Elle se pense aussi à l’échelle du territoire. Un habitat résilient s’appuie sur les ressources locales, les savoir-faire des artisans voisins et les solidarités du bourg.
Produire autrement
Le changement climatique ne transforme pas seulement nos manières de bâtir : il bouleverse nos manières de produire, de travailler et d’accueillir.
L’atelier conçoit & adapte vos outils.
Nous travaillons aussi sur des projets
Qu’ils soient publics ou prévis les outils de travail des collectivités et des entreprises doivent eux aussi muter. Flottes électriques à recharger, matériaux de réemploi à stocker, équipes partagées, nouveaux services de proximité à accueillir : les besoins évoluent plus vite que les bâtiments. L’atelier conçoit ou transforme ces outils pour qu’ils restent en phase avec des missions qui changent.
Une autre agriculture émerge : plus locale, plus diverse, plus économe. À côté des grandes exploitations spécialisées s’installent des fermes plus petites, en agroécologie, qui transforment et vendent sur place, mutualisent leurs outils et valorisent leurs coproduits. Ces fermes n’ont plus besoin d’un hangar unique mais d’un ensemble de lieux : atelier de transformation, espace de vente, stockage partagé, logement d’un associé ou d’un saisonnier. L’atelier les conçoit à l’échelle de la ferme.
Le travail se déplace. Télétravail, flex office, coworking : le bureau n’est plus le lieu où l’on passe ses journées, mais celui où l’on se retrouve. Dans les bourgs et les villes moyennes, des lieux hybrides associent travail, formation, fabrication et accueil du public. Leur programme reste souvent ouvert. L’atelier conçoit des espaces capables d’absorber cette incertitude : modulables, partageables, assez génériques pour changer d’usage sans changer de murs.
Le climat redessine la géographie du tourisme. Les étés littoraux deviennent éprouvants, la saison s’étire vers le printemps et l’automne, l’arrière-pays gagne en attrait. Les voyageurs cherchent moins le séjour de masse que l’expérience d’un lieu : sa nature, ses produits, ses savoir-faire. L’offre se recompose en conséquence : petites capacités, hébergements diffus, accueil à la ferme, itinérance douce. L’atelier accompagne les porteurs de projet dans cette évolution, du gîte au petit hôtel, en neuf comme en reconversion.
La relocalisation et l’économie circulaire font naître une industrie à taille humaine : recyclerie, atelier de réemploi, unité de transformation de matériaux biosourcés, petite fabrication locale. Ces activités ont des besoins qui leur sont propres : flux de matières entrantes et sortantes, stockage, procédés appelés à évoluer, proximité des gisements et des clients. L’atelier conçoit des bâtiments qui accompagnent une activité qui démarre puis grandit.
Fabriquer du commun
Bourgs qui se vident, services qui reculent, bâtiments sans usage : les territoires font face à des problématiques multiples.
L’atelier y répond avec une équipe transdisciplinaire composée selon chaque situation.
Nous accompagnons collectivités
Les bourgs ont perdu leurs commerces au profit des zones périphériques, et leurs logements anciens se sont vidés. La sobriété foncière renverse aujourd’hui la logique : on ne peut plus s’étendre, il faut reconstruire le bourg sur lui-même. Cela suppose des choix délicats : quel bâtiment racheter, quelle rue rendre aux piétons, quel service réinstaller au centre. L’atelier aide les communes à poser ces choix, à les hiérarchiser et à les partager avec ceux qui habitent le bourg.
Les communes ne peuvent plus porter seules tous les services qu’on attend d’elles. Associations, collectifs et habitants prennent le relais en ouvrant des lieux partagés : café associatif, atelier de réparation, espace de travail, lieu culturel. Ces projets inventent une gouvernance hybride, entre public et privé, entre bénévolat et économie. L’atelier accompagne leurs porteurs pour définir les usages, trouver le bon lieu et construire un projet à la mesure de la communauté qui le fera vivre.
Logements vides, bâtiments communaux sans usage, friches artisanales ou agricoles : longtemps vécus comme une charge, ces biens deviennent une ressource à mesure que le foncier neuf se raréfie. Encore faut-il décider lesquels conserver, transformer ou céder, et pour quels besoins. L’atelier en dresse l’inventaire et le diagnostic, évalue le potentiel de chaque bien et propose des scénarios qui éclairent ces décisions.
Le mot de l’architecte
J’ai grandi près de la source de la Boutonne, dans un paysage entre plaines calcaires et vallées étroites où l’eau a bien souvent dessiné les villages autant que les hommes. C’est là que j’ai appris, sans le savoir, ce qu’habiter veut dire. Habiter, c’est trouver sa place dans un lieu qui nous précède et qui nous survivra.
Longtemps, construire a signifié se protéger du monde. Le mur tenait le froid à distance, le toit écartait la pluie, la maison dressait une frontière entre le dedans et le dehors. L’architecture moderne a bouleversé ce rapport. Le béton et l’acier ont libéré le plan. L’espace intérieur s’est ouvert au paysage. Avec l’apparition des technologies de chauffage et de refroidissement, nos constructions se sont déconnectées du climat, participant par la même occasion à son dérèglement. Désormais, l’acte de bâtir nous expose autant qu’il nous abrite : chaque mètre carré que nous édifions pèse sur le climat et pourtant, nous n’avons jamais eu autant besoin de nous en protéger. Le monde qui vient restera habitable, mais il ne le sera plus sans condition.
Face à ce paradoxe, je ne crois ni au renoncement ni à la fuite en avant technologique. Je crois à une architecture attentive aux lieux et à l’histoire, attentive au soleil qui traverse une pièce en hiver, à l’ombre d’un tilleul en août, à l’épaisseur d’un mur de pierre qui garde la fraîcheur de la nuit. Une architecture attentive aux matières que le sol nous offre et aux mains qui savent les travailler. Attentive, enfin, à ceux qui habiteront ces lieux, aujourd’hui et demain.
Mes travaux de recherche m’ont conduit à envisager l’architecture non pas comme une enveloppe étanche mais comme un outil de relation au monde qui l’entoure. C’est une peau entre l’homme et son climat, qui respire, filtre, accueille. Cette idée guide ma pratique. Concevoir une maison, c’est composer avec un paysage plutôt que s’y imposer, c’est écouter ce que le lieu permet avant de décider ce qu’il faut y ajouter.
Il y a une poésie de l’attention et une exigence dans le fait de choisir de bâtir aujourd’hui. Construire une maison pour traverser le siècle tumultueux qui s’annonce, c’est accepter de penser au-delà de soi. C’est concevoir un lieu capable d’accueillir les saisons à venir, de s’adapter aux usages qui changeront, de se transmettre. J’accompagne celles et ceux qui ont fait ce choix et qui en mesurent la portée. Ensemble, nous dessinons des lieux sereins, généreux dans ce qu’ils offrent, patients dans leur matière, ouverts sur le paysage qui les transporte.
Des lieux où l’on se prépare au monde qui vient sans jamais lui tourner le dos.

Nos prestations
L’atelier répond aux consultations des maîtres d’ouvrage publics, en procédure adaptée comme en concours, seul ou au sein d’une équipe pluridisciplinaire. En amont d’un projet, il peut aussi intervenir en diagnostic de bâti, en étude de faisabilité ou en programmation, pour aider la collectivité à définir son besoin avant de consulter.
La mission complète engage l’atelier à vos côtés du premier croquis à la remise des clés. Nous analysons le site et vos besoins, esquissons les premières intentions, puis développons le projet jusqu’au dépôt du permis de construire. Viennent ensuite la rédaction des pièces techniques, la consultation des entreprises et l’analyse de leurs offres. En phase chantier, nous dirigeons les travaux, coordonnons les artisans, veillons au respect des prescriptions, du budget et du calendrier, jusqu’à la réception de l’ouvrage. Cette continuité entre conception et construction est au cœur de notre pratique : une intention architecturale ne prend réellement corps que sur le terrain.
Les honoraires sont calculés en pourcentage du coût des travaux. Ce taux est évalué pour chaque projet selon sa nature, sa complexité et l’étendue des études nécessaires. Il est fixé dans un contrat qui détaille chaque phase de la mission.
La mission partielle s’adresse à celles et ceux qui souhaitent porter eux-mêmes la réalisation de leur projet, en autoconstruction ou en pilotant directement leurs artisans. L’atelier prend alors en charge la phase de conception : analyse du site et des usages, esquisse, développement du projet, choix constructifs et matériaux, jusqu’à la constitution et au dépôt du permis de construire ou de la déclaration préalable. Vous disposez ainsi d’un projet pensé, cohérent et réglementairement solide, sur lequel appuyer la suite de l’aventure. Cette formule s’adresse à celles et ceux qui veulent prendre part à la construction de leur lieu, sans renoncer à une conception exigeante.
Les honoraires sont forfaitaires. Ils sont définis selon la surface du projet et la complexité du sujet : construction neuve, extension, réhabilitation d’un bâti ancien. Le périmètre exact de la mission est établi par contrat avant tout engagement.
Certains projets n’appellent pas une mission de maîtrise d’œuvre, mais un regard averti au bon moment. L’atelier propose un accompagnement ponctuel, facturé à l’heure, pour éclairer vos décisions. Avant l’achat d’un bien, une visite permet d’évaluer l’état du bâti, son potentiel de transformation, les contraintes réglementaires et l’ordre de grandeur des travaux. Vous vérifiez ainsi la viabilité technique et économique de votre projet avant de vous engager. En cours de projet, nous pouvons intervenir pour une étude de faisabilité, un avis sur des choix constructifs, la relecture de devis ou un conseil lors d’un chantier en autoconstruction.
Cette formule souple répond à des besoins précis, sans engagement sur la durée. Elle constitue souvent un premier pas : le temps de faire connaissance, de poser les bonnes questions et de décider ensemble de la suite à donner au projet.
Nos partenaires
Un projet ne se conçoit jamais seul. Pour chaque opération, l’atelier constitue une équipe dédiée, élaborée en fonction des enjeux techniques du sujet et du territoire dans lequel il s’inscrit. Bureaux d’études structure, fluides et thermique, économistes de la construction, spécialistes du bioclimatisme et de l’énergie : nous choisissons nos partenaires pour leur expertise, mais aussi pour leur capacité à s’engager dans une démarche collective et à dépasser leur propre champ de compétence. Cette collaboration commence dès l’esquisse. Les choix structurels, énergétiques et économiques y sont formulés ensemble, plutôt que plaqués a posteriori sur un projet déjà dessiné. L’ingénierie devient alors un levier de conception et l’économie une manière de faire des choix raisonnés, non plus une variable d’ajustement. Nous privilégions des partenaires proches du terrain, qui connaissent ses sols, ses climats et ses contraintes réglementaires. C’est à cette condition que le projet gagne en justesse, en cohérence et en fiabilité.
Un projet écologique ne tient que par ceux qui le construisent. L’atelier travaille avec des entreprises et des artisans dont les pratiques rejoignent ses convictions : maçons formés à la chaux et à la pierre, charpentiers et menuisiers attachés au bois local, artisans de la terre, de la paille ou du chanvre, professionnels du réemploi. Leur savoir-faire ne se limite pas à une technique. C’est aussi une connaissance intime du territoire : la provenance des matériaux, le comportement du bâti ancien, les contraintes d’un sol ou d’un climat. Cette expertise nourrit le projet dès sa conception et sécurise sa réalisation. Nous considérons ces artisans comme des partenaires à part entière, auprès desquels l’architecte apprend autant qu’il prescrit. Choisir des entreprises locales, c’est aussi réduire l’empreinte carbone du chantier, faire vivre des filières de proximité et contribuer à transmettre des savoir-faire qui conditionnent l’adaptation de nos territoires.
Territoire d’intervention

Établi à Celles-sur-Belle, au sud de Niort et au centre du Poitou-Charentes, l’atelier intervient dans un large territoire correspondant aux bassins versants de la Charente et de la Sèvre Niortaise. Ces deux bassins se répartissent sur les départements des Deux-Sèvres, de la Vendée, de la Charente et de la Charente-Maritime.
Naturellement, nous travaillons dans le Mellois en Poitou, où naît la Boutonne, dont la vallée dépasse Saint-Jean-d’Angély avant de rejoindre la Charente. Mais c’est aussi dans ce territoire que naît la Sèvre Niortaise. Son bassin versant nous conduit logiquement à travailler à Niort et ses alentours, ainsi que dans le Marais poitevin.
Dans la continuité de ce bassin, nous nous déployons vers La Rochelle et ses environs. L’île de Ré, avec ses enjeux environnementaux, fait partie de notre terrain d’étude.
Côté Charente, nous intervenons aux alentours d’Angoulême et en Saintonge, autour de Saintes et Cognac, puis jusqu’à la façade atlantique, autour de Rochefort et l’île d’Oléron.
Dans certains cas, l’atelier se déplace également du côté de Poitiers.
Suivre ces bassins versants, c’est suivre l’eau — de la source qui s’assèche l’été aux marais que la mer menace. C’est à cette échelle qu’un projet écologique et résilient prend son sens : là où le désir d’ancrage rencontre un paysage, un bâti, un sol, un territoire vivant.
Les territoires dans le détail
Plateau calcaire de fermes, de longères et de bourgs en moellons à la chaux sous tuile canal, le Mellois a bâti avec son sol et ses haies : pierre, chaux, argile, chêne. Les sécheresses changent la donne. Posées superficiellement sur des argiles, les maisons fissurent ; ciment et isolants étanches aggravent le mal. Depuis Melle, l’atelier interroge ce qu’habiter ce plateau veut dire : comment la maison ancienne tient au sol, gère son humidité, garde sa chaleur, et ce qu’une construction neuve bioclimatique peut en apprendre.
De Chef-Boutonne à la Charente, la Boutonne passe de la plaine céréalière irriguée au bocage de fond de vallée. Saint-Jean-d’Angély en garde le cœur bâti : maisons à pans de bois des XVᵉ et XVIᵉ siècles, hôtels en pierre. Calcaire, chaux, argiles, chêne et peuplier en fournissent la matière. Les assecs s’aggravent, les argiles se rétractent et gonflent, les fondations bougent. Pour un architecte à Saint-Jean-d’Angély, habiter la vallée commence par réhabiliter ce qui existe.
En savoir plus
Des plaines calcaires au Marais poitevin, par Niort, jusqu’à l’océan, la Sèvre Niortaise tient ensemble tout un territoire. Moulins, chaussées, écluses et murs de quai disent une longue familiarité avec l’eau. Mais les étiages durcissent et les crues se concentrent : une maison doit composer avec le manque comme avec l’excès. Quelle part d’eau recueillir, stocker, rendre au sol ? C’est la première question d’un projet d’architecte sur ce bassin.
Centre ancien en pierre calcaire, faubourgs, puis une large couronne de maisons du XXᵉ siècle : Niort habite d’abord son existant. Les canicules urbaines s’intensifient, les crues de la Sèvre deviennent irrégulières. La pierre appelle une isolation qui lui soit compatible, le pavillon des protections solaires, le rez-de-chaussée exposé une place pour l’eau. Transformer plutôt que bâtir à côté : pour un architecte à Niort, c’est là que commence la question de l’habitabilité.
Conches, levées, portes à flot : le Marais poitevin est un paysage hydraulique construit. Villages du marais mouillé à flanc de coteau, bourgs sur les anciennes îles calcaires, cabanes basses du marais desséché ; pierre, bri cuit, peuplier. Le climat l’atteint par les deux bouts : submersion à l’aval, sécheresses qui déstabilisent les fondations à l’amont. Pour un architecte dans le Marais poitevin, surélever sans rompre le fonctionnement de l’eau est la condition de toute maison.
Ville portuaire d’arcades et d’hôtels d’armateurs, La Rochelle est faite d’une pierre de taille venue de Saintonge, travaillée par le sel. Xynthia, en 2010, a révélé ce que la montée du niveau marin rend durable : l’exposition des quartiers bas. Pour une maison, la question n’est plus seulement le confort, mais le niveau du plancher, la tenue des maçonneries, la possibilité même de rester. Tout projet d’architecte à La Rochelle commence par cet arbitrage.
Villages serrés, maisons basses, venelles étroites, enduits de chaux clairs, tuile canal : l’île de Ré pratique de longue date une architecture bioclimatique, faite d’ombre et de matière locale. Ce modèle tient la chaleur à distance. L’érosion et la submersion qui menacent les zones basses lui posent une question qu’il n’avait pas à résoudre : celle de l’eau qui monte. Un architecte sur l’île de Ré doit la travailler dans le cadre de la protection patrimoniale.
La Charente relie l’Angoumois, la Saintonge et l’estuaire ; la pierre de taille y descendait en gabares vers le littoral. Elle s’extrait encore à Sireuil, Vilhonneur, Marthon et Thénac, quand Crazannes a fermé. Les étiages s’allongent, les usages de l’eau se disputent ; dans les bourgs riverains, la crue fixe le niveau des planchers. Une pierre locale, bas carbone, une maison sobre en eau : moins une contrainte qu’une manière d’habiter le bassin.
Ville haute sur son éperon ceint de remparts, basse ville née des papeteries et de la fonderie : Angoulême superpose la pierre, encore extraite à proximité, et les halles à charpente métallique. Dans ce tissu minéral dense, les canicules s’intensifient ; sur les coteaux instables, le ruissellement s’aggrave. Rendre une maison de la ville haute vivable l’été, un volume industriel habitable : deux questions d’architecture à Angoulême, qui engagent inertie, ventilation et gestion de l’eau.
Entre Saintes et Cognac, logis à porche, maisons de maître et chais sont bâtis en calcaire de Crazannes, de Saint-Même et de Thénac. La première a fermé au milieu du XXᵉ siècle, la dernière reste exploitée. Cette pierre offre une inertie précieuse l’été. Mais les crues de la Charente s’accentuent et les sols argileux fissurent les maçonneries. Les chais, largement en activité, ne sont reconvertis que ponctuellement. Habiter en Saintonge, c’est tirer parti de la masse de la pierre tout en veillant à ses fondations.
Arsenal de 1666 sur plan orthogonal, Rochefort a élevé la Corderie royale et les forts de l’estuaire en pierre de Thénac. En face, Oléron est une île basse de villages, de cabanes ostréicoles et de claires, où l’on bâtit léger. Élévation du niveau marin, érosion, salinisation : c’est cet habitat bas qui est exposé. La masse de la pierre, la légèreté démontable des cabanes : deux héritages pour penser la maison qui devra, ici, savoir se surélever.
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